Vraies et fausses idées sur la dépendance à l'alcool

Faux

La dépendance à l'alcool est une faiblesse de caractère

De nombreux travaux scientifiques ont montré que la dépendance à l’alcool est en réalité une maladie, faisant intervenir des anomalies biochimiques cérébrales, et dont le développement est lié à des facteurs de prédisposition génétique et à des facteurs environnementaux (comme le fait de vivre dans un milieu incitant à la consommation d’alcool) (1). Comme de nombreuses maladies, la dépendance à l’alcool peut se soigner, avec un succès plus important que ce que l’on imagine parfois. On estime ainsi que les patients bénéficiant d’un traitement parviennent 2 fois plus souvent que les patients non traités à arrêter de boire ou à diminuer leur consommation jusqu’à un niveau n’étant plus pathologique (1).

1. Institut national de la santé et de la recherche médicale. Expertise collective. Alcool : dommages sociaux, abus et dépendance. 2003. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2003;XXII:536p. (Expertise collective). http://hdl.handle. net/10608/154

Vrai

La dépendance à l'alcool est une maladie chronique

La dépendance à l’alcool est une maladie chronique (2, 3), au même titre que d’autres maladies comme le diabète ou l’hypertension artérielle. Cela signifie qu’il peut exister au cours de son évolution une alternance de périodes de consommation excessive et de rémission, et que la prise en charge des patients atteints nécessite un plan de soins et un accompagnement à long terme (1, 3).

1. Institut national de la santé et de la recherche médicale. Expertise collective. Alcool : dommages sociaux, abus et dépendance. 2003. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2003;XXII:536p. (Expertise collective). http://hdl.handle. net/10608/154
2. Haute Autorité de santé. Outil d’aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis, tabac chez l’adulte. Rapport d’élaboration, novembre 2014.
3. McKay JR, Hiller-Sturmhöfel S. Treating alcoholism as a chronic disease: approaches to long-term continuing care. Alcohol Res Health 2011;33:356-70.

Faux

Une personne n'est dépendante à l'alcool que si elle boit tous les jours

La dépendance à l’alcool n’implique pas que la consommation d’alcool soit quotidienne, ni qu’elle dépasse une certaine quantité : elle signifie qu’il est devenu impossible de maîtriser la consommation du produit (voir encadré) (2,4,5). De fait, il n’est pas rare que des personnes ayant une véritable dépendance à l’alcool déclarent ne boire que de façon intermittente (6).

Le saviez-vous ?

En France, on estime à 5 millions le nombre de personnes ayant des difficultés avec l’alcool et à 2 millions le nombre de personnes qui en sont dépendantes (1).

Perte de la maîtrise de la consommation d’alcool : comment se manifeste-t-elle ? (2, 5)

Quand une personne a perdu la maîtrise de sa consommation d’alcool, elle présente, habituellement de façon simultanée, au moins 3 des symptômes suivants :

  • un désir de boire de l’alcool impossible à surmonter ;
  • des difficultés à contrôler le début et la fin de la consommation d’alcool, ainsi que la quantité consommée ;
  • des symptômes gênants lors de l’arrêt ou de la diminution de la consommation (syndrome de sevrage) ;
  • un besoin de consommer des quantités d’alcool de plus en plus importantes ;
  • une obsession vis-à-vis de l’alcool au point d’abandonner d’autres sources d’intérêt ou de plaisir ;
  • une poursuite de la consommation malgré l’existence de conséquences problématiques (par exemple une maladie du foie ou une dépression liées à l’alcool).

1. Institut national de la santé et de la recherche médicale. Expertise collective. Alcool : dommages sociaux, abus et dépendance. 2003. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2003;XXII:536p. (Expertise collective). http://hdl.handle. net/10608/154
2. Haute Autorité de santé. Outil d’aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis, tabac chez l’adulte. Rapport d’élaboration, novembre 2014.
4. Paille F. Évaluation pratique de la consommation d’alcool. Classifications et définitions des conduites d’alcoolisation. Gastroenterol Clin Biol 2002;26 (Suppl.5):B141-8.
5. Société française d’alcoologie, Association nationale de prévention en alcoologie
et addictologie, European Federation of Addiction Societies. Recommandations de bonne pratique. Mésusage de l’alcool : dépistage, diagnostic et traitement. Alcoologie et Addictologie 2015;37:5-84.
6. Batel P. Évolution des modes d’alcoolisation. Rev Prat 2011;61:1364-8.

Vrai

Rompre le silence permet d’effacer le sentiment de honte que l’on peut éprouver

Cela est vrai à n’importe quelle étape de la prise en charge, qu’il s’agisse de la première consultation au cours de laquelle la relation avec l'alcool est évoquée, ou d’une consultation de suivi au cours de laquelle il va falloir évoquer ses difficultés, par exemple le fait d’avoir recommencé à boire de façon excessive (voir encadré) (11). Quelle que soit la situation, le médecin est là pour proposer une aide dénuée de tout jugement (11). Il est en outre tenu au secret professionnel, qu’il ne peut rompre qu’à la demande du patient (8).

Le saviez-vous ?

C’est parfois à l’occasion d’un problème de santé sans lien évident avec l’alcool, comme une irritabilité, une anxiété, des troubles du sommeil, une hypertension artérielle ou des troubles digestifs ou hépatiques, que le médecin ouvrira le dialogue sur la consommation d’alcool et un problème de dépendance éventuel (14).

Reprise de la consommation d’alcool : Je n’y arriverai donc jamais ?
  • Il est habituel que le parcours des patients dépendants à l’alcool ne soit pas linéaire et qu’il existe, au gré des contextes de vie, des moments d’amélioration ou, au contraire, des moments de reprise de la consommation (5).
  • La reprise ne doit pas être considérée comme un échec, même si l’on est parfois envahi par la déception, la honte ou la culpabilité (12, 13).
  • Elle constitue une étape qui peut rapprocher du succès, mais qui doit amener, pour se remobiliser, à rediscuter avec le médecin de ses motivations et du projet de soins (12, 13).

5. Société française d’alcoologie, Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, European Federation of Addiction Societies. Recommandations de bonne pratique. Mésusage de l’alcool : dépistage, diagnostic et traitement. Alcoologie et Addictologie 2015;37:5-84.
8. alcool-info-service.fr. Se faire aider. Le médecin généraliste. http://alcool-info- service.fr/alcool/aide-alcool/generaliste
11.alcool-info-service.fr. Ma consommation est-t-elle un problème ? Je bois, j’ai honte. http://alcool-info-service.fr/alcool-et-vous/consommation-alcool/dependance-alcool
12. Haute Autorité de santé. Outil d’aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis, tabac chez l’adulte, décembre 2014
13. alcool-info-service.fr. Limiter ou arrêter ma consommation. J’ai recommencé à boire. http://alcool- info-service.fr/alcool-et-vous/arreter- consommation-alcool/lutte-reprise- consommation-alcool
14. Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. Alcool. Guide pratique pour le médecin, 2006.

Vrai

Quand on souffre de dépendance à l’alcool, il est normal d’avoir parfois du mal à se décider de changer de comportement

À l’idée d’un changement, même s’il est bénéfique, de très nombreuses personnes sont ambivalentes : elles perçoivent l’intérêt du changement, mais ont du mal à renoncer à certains avantages liés au fait de ne pas changer (5, 9, 10). Cette ambivalence est particulièrement fréquente chez la personne dépendante à l’alcool et peut se manifester tout au long de la prise en charge (5, 9, 10). Pour surmonter ce problème, l’un des intérêts du dialogue avec le médecin est de permettre de faire le point sur les avantages et les inconvénients de l’alcool ainsi que, en miroir, sur ceux de l’arrêt ou de la réduction de la consommation (figure 1) (5, 9, 10). Le but est de parvenir à faire émerger l’envie d’un changement d’attitude vis-à-vis de l’alcool, qui soit fondée sur les motivations de la personne elle-même et non pas imposée par le médecin.

Figure 1. Exemple de l’ambivalence que peut ressentir une personne dépendante à l’alcool face à l’idée de changer (10).

Bénéfices et inconvénients à boire

 

5. Société française d’alcoologie, Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, European Federation of Addiction Societies. Recommandations de bonne pratique. Mésusage de l’alcool : dépistage, diagnostic et traitement. Alcoologie et Addictologie 2015;37:5-84.
9. Daeppen JB, Berdoz D. Comment motiver un patient pour qu’il arrête de boire. Rev Prat 2006;56:1088-92.
10. Lécallier D. Entretien motivationnel chez l’alcoolodépendant. Rev Prat Med Gen 2013;27:164-5.

Faux

Mon médecin ne peut pas m’aider

Bien au contraire ! Les médecins traitants sont les médecins de premier recours pour la prise en charge des problèmes liés à l’alcool, comme ils le sont pour les autres pathologies (5). Ils sont en effet formés pour traiter ce type de problèmes et savoir quelles interventions thérapeutiques proposer (2, 5). Ils ont également l’avantage de bien connaître leurs patients, d’avoir avec eux une proximité géographique et humaine, et de pouvoir assurer un accompagnement de longue durée (7). Si cela paraît nécessaire, par exemple en cas de dépendance très sévère, le médecin pourra orienter le patient vers des professionnels spécialisés en alcoologie ou en addictologie (5, 8).

2. Haute Autorité de santé. Outil d’aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis, tabac chez l’adulte. Rapport d’élaboration, novembre 2014.
5. Société française d’alcoologie, Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, European Federation of Addiction Societies. Recommandations
7. Castera P, Paille F. Mésusage de l’alcool. Repérer, évaluer, motiver, accompagner. Rev Prat Med Gen 2014;28:813-8.
8. alcool-info-service.fr. Se faire aider. Le médecin généraliste. http://alcool-info- service.fr/alcool/aide-alcool/generaliste

Faux

il est inutile de parler à son médecin de son problème avec l’alcool si l’on n’est pas suffisamment motivé pour changer ses habitudes de consommation

La majorité des patients dépendants à l’alcool vus dans les cabinets médicaux ne sont pas prêts à arrêter de boire (9) ! Les médecins savent que la décision d’un changement d’habitude vis-à-vis de l’alcool est un cheminement parfois long, bien différent d’un processus ponctuel (9). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains patients dépendants de l’alcool peuvent refuser une démarche de prise en charge lorsqu’elle leur est proposée pour la première fois alors qu’ils l’accepteront par la suite, ou que d’autres patients, déjà pris en charge, vont se décourager à certains moments de leur parcours pour reprendre confiance ensuite ! Dans ce contexte, l’objectif du dialogue avec le médecin est d’aider la personne dépendante à l’alcool à se sentir prête à changer ses habitudes vis-à-vis de l’alcool et à le faire de façon durable (9, 10). Lors de cette démarche, pas question de faire la morale ou de fixer des objectifs impossibles à atteindre. Il s’agit au contraire d’aider le patient à trouver ses propres idées et ses propres ressources pour changer de comportement (9, 10).

9. Daeppen JB, Berdoz D. Comment motiver un patient pour qu’il arrête de boire. Rev Prat 2006;56:1088-92.
10. Lécallier D. Entretien motivationnel chez l’alcoolodépendant. Rev Prat Med Gen 2013;27:164-5.